BCID-AES : Un pas vers l’intégration économique et la souveraineté monétaire !
La banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES) a été officiellement lancée le 23 décembre 2025 à Bamako. Cet événement marque, selon des spécialistes, un pas vers l’intégration économique entre les trois pays et la souveraineté monétaire que les dirigeants de l’AES couvent depuis longtemps.
Le Mali, Niger et le Burkina Faso partagent des histoires communes, des géographies communes, des défis communs, mais aussi et surtout des expériences communes. Chacun des trois pays a vécu l’expérience douloureuse des sanctions politiques et économiques de la CEDEAO. Fort de ces expériences, les dirigeants de l’AES ont franchi le pas vers l’intégration économique et encore plus vers la souveraineté monétaire pour certains.
Economiste et auteur de plusieurs livres, Dr. Lamine Kéita les contextes de création de la BCID-AES. « Cette banque est voulue par les 3 pays dans un contexte marqué par la volonté d’une vraie souveraineté retrouvée fondée sur la satisfaction des besoins des populations tout en réduisant les poids des acteurs étrangers. Cette banque est bien venue en appui à une vision, à une stratégie. Il s’agit d’un acteur important qui semble manquer au dispositif actuel du financement de l’économie, principalement des financements à long et très long terme. Il s’agit notamment des infrastructures structurantes des trois pays pour autoriser la prise de risque dans les secteurs de production jugés prioritaires dans les politiques comme l’énergie, l’agriculture qui sont nécessaires pour soutenir la production au lieu de faire ces pays de simple pourvoyeur de matières premières pour l’étranger qui transforme nos produits achetés au bon vouloir pour ensuite faire de nos pays de simples consommateurs de ces produits dérivés. L’idée est de vouloir valoriser toutes nos richesses à l’intérieur. La création de cette banque me paraît une très bonne idée », explique Dr. Lamine Kéita.
Mieux, Dr. Laya Amadou Guindo, enseignant chercheur, pense que la création de la BCID-AES est stratégique. Cela, pour trois raisons. D’abord, le financement des projets structurants. Les banques commerciales classiques préfèrent les prêts à court terme avec peu de risques, dindique-t-il. La BCID-AES est conçue pour financer des infrastructures lourdes (routes, barrages, centrales solaires) que le secteur privé ignore souvent. Elle n’est pas une banque commerciale classique mais une banque d’investissement, précise l’enseignant chercheur. Ensuite, l’indépendance vis-à-vis des institutions internationales. En période de sanctions ou de tensions politiques, l’accès aux financements de la CEDEAO ou de la Banque Mondiale peut être restreint, rappelle Dr. Guindo qui ajoute que cette banque permet aux trois pays de mobiliser leurs propres ressources. Enfin, le contrôle des priorités qui permet d’après Dr. Laya Amadou Guindo de diriger les capitaux vers les secteurs jugés prioritaires par les gouvernements de l’AES (sécurité, agriculture, énergie, santé etc…) sans subir de conditions imposées de l’extérieur.
Impact à long terme pour la population
Avec le lancement la BCID-AES, certains, pris par les déclarations fantaisistes des activistes des médias sociaux, pensent que tous les citoyens seront automatiquement riches. C’est plus complexe selon les spécialistes. Les impacts de cette nouvelle banque vont mettre du temps à être visibles. Toujours selon Dr. Laya Amadou Guindo, l’impact ne sera pas immédiat (une banque de développement travaille sur le long temps), mais il se fera sentir à travers trois leviers fondamentaux à commencer par l’énergie et les infrastructures. En finançant l’interconnexion électrique et routière entre les trois capitales, la banque pourrait réduire le coût de la vie et faciliter les échanges de marchandises, explique le spécialiste. Le deuxième levier selon Dr. Guindo est la souveraineté alimentaire. Le soutien aux grands projets agricoles irrigués peut stabiliser les prix des céréales face aux chocs climatiques (sécheresse, inondations…). Enfin, Dr. Guindo soutient que l’impact de la BCID-AES se fera sentir à travers la création d’emplois. A ses dires, les chantiers d’envergure financés par la banque sont des sources directes d’emplois pour la jeunesse locale, limitant ainsi l’exode, l’émigration ou le recrutement par des groupes armés.
Un prélude à la création de la monnaie AES ?
Cette question demeure puisque la création d’une monnaie AES n’est pas encore officielle. Toutefois, les spécialistes sont d’avis que la BCID-AES pourrait bien être l’une des étapes de la création d’une monnaie commune dans l’espace AES.
« La Banque centrale est l’institut d’émission qui imprime les billets de banque et fabrique les pièces de monnaie et met en œuvre la politique monétaire. Elle agit comme une banque pour les banques commerciales. L’AES est membre de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) et de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qui émet une monnaie unique le franc CFA pour ses 8 pays membres. Toutefois, le lancement de la monnaie unique de la Communauté Économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) l’ECO en 2027 devrait conduire à la disparition du FCFA ce qui pourrait amener chaque pays de l’AES à avoir soit sa propre monnaie, soit créer une monnaie unique pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger », explique l’économiste Modibo Mao Makalou.
« La création de cette banque n’est pas une grande innovation. Cependant, sa création est une bonne opportunité tout comme la maîtrise du système bancaire par l’AES avec la monnaie AES qui est le signe le plus visible de la souveraineté retrouvée », soutient Dr. Lamine Kéita. Et l’enseignant chercheur, Dr. Laya Guindo, nous enseigne que techniquement, la BCID-AES est un pilier indispensable si l’Alliance souhaite sortir du Franc CFA. « Avant de lancer une monnaie, il faut des institutions capables de gérer des réserves et de garantir des investissements. La banque aide à aligner les politiques budgétaires des trois pays, une étape nécessaire avant toute union monétaire. En créant son propre bras financier, l’AES montrerait qu’elle construit une architecture économique parallèle à celle de l’UEMOA. Si la BCID-AES n’est pas en soi une monnaie, elle est clairement un signal fort sur lequel une future zone monétaire pourrait s’appuyer », argumente Dr. Guindo.
En tout état de cause, le banquier Mohamed Lamine Sylla, spécialiste en intelligence économique, estime que la création de la BCID-AES était une nécessité. Toutefois, il suggère que la banque « devrait aller à la recherche des ressources stables, des financements de type concessionnel, des ressources à des taux intéressants pour pouvoir financer les projets de développement à des taux hyper compétitifs. Elle doit aussi aller à la recherche des financements alternatifs. Autrement dit, ne pas fournir les mêmes services que les autres banques d’investissement fournissent déjà. Il faut qu’elle arrive à concevoir des produits adaptés à la nature de nos situations économiques pour continuer davantage à financer nos Etats à travers les projets d’infrastructures pour construire de nouvelles routes pour faciliter l’acheminement des produits agricoles des zone de production vers les centres urbains de consommation. Aujourd’hui nous avons un besoin criard dans le domaine du développement des infrastructures ».
Yacouba Traoré






