RESEAU MEDIA RSS : Le rôle du citoyen dans la coproduction de la sécurité en débat
En partenariat avec le centre pour la gouvernance du secteur de la sécurité (DCAF), le réseau média dédié à la reforme du secteur de la sécurité (réseau média RSS) a organisé une conférence débat à un hôtel de la place le samedi 30 août pour débattre le rôle du citoyen dans la coproduction de la sécurité.
Pour animer cette conférence-débat, le réseau a invité des spécialistes de la question. Il s’agit du professeur Bacary Camara, juriste émérite, Boubacar Théra, doctorant et spécialiste des questions de sécurité, Assétou Diarra, journaliste fondatrice des Nouvelles du Mali. L’occasion a, par ailleurs, regroupé des autorités et légitimités traditionnelles, des responsables des forces armées et de sécurité, plusieurs dizaines de citoyens.
Une tradition qui implique le citoyen dans la sécurité de la cité
Dans son exposé, le professeur Bocary Camara a expliqué que la société traditionnelle malienne était organisée d’une manière où toutes les couches de la société participaient à la défense et à la sécurité du pays. A ses dires, les initiations aux différentes organisations secrètes tels que les komos, les n’domo, etc. étaient une formation à l’esprit de défense et de sécurité. C’est pourquoi, dit-il, toutes les couches de la société participaient au processus de guerre. D’ailleurs, le professeur Camara indique que les groupes d’autodéfense qui ont surgis à la suite de la crise multidimensionnelle tirent leurs sources de cette tradition de participation à la défense de la patrie.
Pour sa part, Amadou Dagamaïssa du recotrad (réseau des communicateurs traditionnels) renchérit les propos du Pr. Camara. Dans le passé, chaque citoyen contribuait à la sécurité du pays à travers le renseignement qui passait par des canaux appropriés, a-t-il indiqué.
La sécurité n’est pas le seul apanage des forces de sécurité…
D’après le Pr. Bocary Camara, l’armée moderne a une histoire basée sur l’exploitation. Selon lui, cette armée qui s’occupe de la sécurité et de la défense du pays a été, à l’origine, créée par le colon dans le but d’exploiter la population coloniser. Pour lui, cette histoire a contribué à créer une faussée entre l’armée moderne et la population.
Or, pour Boubacar Théra, la sécurité ne doit pas être le seul apanage des forces de sécurité. Il souligne que la gouvernance du secteur de sécurité repose sur la sécurité humaine. Depuis 1994, poursuit-il, la sécurité réservée aux seules forces de défense et de sécurité a montré ses limites. C’est pourquoi, avance le doctorant, il est fait référence à la notion multidimensionnelle de la sécurité qui englobe toutes les entités de la société.
Toutefois, il reste formel quant au rôle principal de l’Etat dans la gestion de la sécurité. « Il y a des acteurs non étatiques. Mais, ces acteurs ne doivent pas se substituer à l’Etat. Chacun dans son domaine peut contribuer à la sécurité du pays, mais dans un cadre précis qui respecte les lois et règlements », a noté M. Théra. Avant d’ajouter que c’est dans cet esprit qu’un processus de reforme du secteur de la sécurité est en cours depuis 2015. A ses dires, cette reforme permet de prendre en compte toutes les entités du pays dans la sécurité.
En outre, Amadou Dagamaïssa soutient que la population joue un grand rôle pour la sécurité du pays en cette période de crise multidimensionnelle. Il a aussi dit que les chefs du village ont un rôle crucial en fournissant du renseignement aux autorités militaires via des canaux qui garantissent la crédibilité des informations.
De son côté, la journaliste Assétou Diarra a souligné le rôle important de la presse en période de crise. Selon ses dires, le journaliste doit tenir compte de la sensibilité de l’information, son impact sur la population avant de la diffuser.
Yacouba Traoré






