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« Il est temps de co-créer des solutions innovantes pour les systèmes agroalimentaires de l’Afrique »

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« Il est temps de co-créer des solutions innovantes pour les systèmes agroalimentaires de l’Afrique »

Par Alice Ruhweza

Alors que le monde se réunit à Yokohama pour la Neuvième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD 9), l’Afrique n’arrive pas les mains vides mais avec une promesse audacieuse : celle de remodeler ses systèmes alimentaires de manière à garantir la dignité, la prospérité et la résilience des générations à venir.

Le thème de cette édition, « Co-créer des solutions innovantes avec l’Afrique », n’aurait pas pu être plus opportun. Les systèmes alimentaires de notre continent se trouvent à la croisée des chemins. Nous pouvons saisir ce moment pour bâtir la résilience et déclencher une véritable transformation, ou bien nous résigner à un avenir marqué par l’insécurité alimentaire croissante, l’augmentation des factures d’importation et la perte d’opportunités. Le dernier rapport SOFI montre que la faim a reculé au niveau mondial pour atteindre 673 millions de personnes (une sur douze) pour la première fois depuis 2019. Malheureusement, l’Afrique suit une tendance inverse, avec 307 millions de personnes touchées, soit plus de 20 % de notre population — une sur cinq. Le choix devant nous est clair, mais l’opportunité l’est tout autant.

Le Japon est depuis longtemps un partenaire de confiance dans ce parcours, et notre collaboration démontre déjà ce qui est possible. En 2008, l’AGRA s’est associée au ministère japonais de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche (MAFF), à l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) ainsi qu’à un vaste réseau de partenaires africains et internationaux pour lancer la Coalition pour le développement du riz en Afrique (CARD). L’AGRA joue un rôle clé en accueillant le CARD, dont l’objectif reste simple mais ambitieux : doubler la production de riz en Afrique subsaharienne d’ici 2030.

Pourquoi le riz ? Parce que pour des millions de familles africaines, le riz n’est pas une culture comme les autres. C’est le repas qui remplit la marmite le soir, l’aliment réconfortant qui unit les communautés, la différence entre des enfants qui s’endorment rassasiés ou affamés. Pourtant, en 2023, l’autosuffisance de l’Afrique en riz est tombée à seulement 54 %, nous contraignant à recourir à des importations coûteuses qui épuisent nos réserves de devises.

Dans ce contexte, les progrès réalisés par le CARD sont remarquables. En dix ans seulement, la production de riz a doublé, passant de 14 millions de tonnes en 2008 à 28 millions en 2018. En 2023, elle a encore grimpé pour atteindre 36,6 millions de tonnes. Ce chiffre n’est pas abstrait : il représente des repas sur les tables familiales et des revenus dans les poches des agriculteurs.

Le CARD vise désormais 56 millions de tonnes d’ici 2030. Cet objectif est audacieux, mais il est réalisable et il compte. Il signifie des économies rurales plus solides, une plus grande souveraineté alimentaire et davantage d’emplois pour les jeunes Africains. Il signifie aussi moins de dépendance aux importations, ce qui protège notre continent contre les chocs des marchés mondiaux volatils.

Alors que le CARD se prépare à sa 10ᵉ Assemblée générale à Madagascar en octobre prochain, nous redoublons d’efforts sur le leadership régional et sur la mobilisation de ressources provenant à la fois des partenaires au développement et du secteur privé. Le Japon a montré la voie, non pas seulement avec des paroles mais avec des actes concrets. Il y a quelques jours à peine, la JICA a émis une obligation de 155 millions de dollars pour stimuler de nouveaux investissements dans l’agriculture africaine. Voilà ce que signifie un partenariat tangible.

Mais le riz n’est qu’une partie de l’histoire. Partout sur le continent, une vague d’innovation redéfinit l’agriculture africaine. De jeunes entrepreneurs construisent des plateformes numériques reliant les agriculteurs aux marchés, tandis que des start-ups agri-tech inventent des outils pour accroître la productivité et l’efficacité. Avec son soutien à 11 entreprises dirigées par des jeunes, l’AGRA démontre comment l’innovation peut créer des emplois, alimenter l’entrepreneuriat et donner aux jeunes Africains une part active dans l’avenir alimentaire du continent.

Nous affrontons également de front la double menace du changement climatique et de la malnutrition. Avec l’appui du Fonds vert pour le climat, l’AGRA travaille avec les gouvernements à promouvoir la santé des sols, l’agriculture régénératrice et la production agricole sensible à la nutrition. Ces pratiques ne sont pas seulement respectueuses de l’environnement, elles sont essentielles pour protéger l’avenir de l’Afrique et veiller à ce que les progrès agricoles riment aussi avec progrès en matière de santé humaine.

À la TICAD 9, nous ne sommes pas seulement ici pour partager ce que l’Afrique accomplit. Nous sommes ici pour appeler à une collaboration renforcée et approfondir les partenariats. Nous souhaitons voir davantage d’entreprises japonaises apporter leurs technologies de pointe en agri-tech, en irrigation et en biocarburants sur les marchés africains. Nous voulons voir plus de financements concessionnels et de modèles de financement mixtes innovants permettant aux petits exploitants agricoles et aux PME agricoles de prospérer. Et nous voulons renforcer notre alignement sur les priorités africaines — des engagements du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA) à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) — afin que chaque pas en avant consolide les cadres propres au continent.

Les défis de l’Afrique sont indéniables. Mais ses possibilités le sont tout autant. Avec l’expertise technologique du Japon et l’immense potentiel agricole de l’Afrique, nous pouvons bâtir un système alimentaire qui nourrit le continent, protège la planète et stimule la croissance. Le seul ingrédient encore en quantité insuffisante est l’urgence.

La TICAD 9 est l’occasion de transformer l’ambition en action, de co-créer une Afrique sûre sur le plan alimentaire et résiliente face au climat — et de le faire maintenant, avant que le coût de l’inaction ne se mesure en faim, en instabilité et en opportunités perdues. Cette édition de la TICAD 9 mettra l’accent sur la manière dont l’Afrique et le Japon peuvent co-créer des solutions pratiques en s’appuyant sur les ressources de l’Afrique et le potentiel de sa jeunesse, aux côtés de l’innovation japonaise, autour de trois priorités urgentes : construire des sociétés résilientes, garantir la paix et la stabilité, et stimuler une croissance économique partagée.

La voie à suivre est claire. Choisissons l’action, et choisissons de la mener dès maintenant.

Mme Ruhweza est la présidente de l’AGRA, une organisation dirigée par des Africains et centrée sur les agriculteurs, au cœur de l’économie croissante du continent.

 

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