MALI : Vers la fin du secteur informel ?
Le ministère de l’emploi engage des réflexions pour faciliter la transition du secteur informel vers le formel. Du 22 au 23 juillet, le département a tenu un atelier sur la question.
« Au Mali, le rapport Profil Pays du Travail Décent, produit en 2023 par l’Observatoire National de l’Emploi et de la Formation (ONEF), indique que le taux d’emploi informel est passé de 98 % en 2013 à 96,6 % en 2022, soit une diminution de seulement 1,4 point de pourcentage en dix ans. En 2024, ce taux demeure élevé, avec 95,9 %, représentant 6 685 634 personnes âgées de 15 ans et plus en emploi informel, et 98 % des unités économiques — soit 272 330 — opérant toujours dans le secteur informel », a rapporté la Ministre de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, madame Oumou Sall Seck dans son discours d’ouverture de l’atelier. Pour elle, ces chiffres illustrent clairement l’enracinement de l’économie informelle dans notre tissu économique et social, avec des conséquences notables : perte de recettes fiscales, précarité de l’emploi, limitations dans l’accès à la protection sociale, et entraves au développement durable.
Pour y faire face, précise madame Oumou Sall Seck, mon Département, avec l’appui de l’OIT, a engagé un processus visant à établir un diagnostic approfondi de l’économie informelle, dont les résultats alimenteront l’élaboration d’une stratégie nationale intégrée de transition, assortie d’un plan d’action opérationnel. L’organisation de cet atelier marque le point de départ de ce processus structurant, dit-elle.
Depuis Abidjan, la directrice Pays de l’organisation internationale pour le travail (OIT), N’Deye Coumba Diop, est intervenue par visioconférence. Elle a indiqué que plus de 2 milliards de personnes dans le monde et 6 personnes sur 10 en Afrique travaillent dans le secteur informel. Ce sont des hommes et des femmes qui créent de la valeur ajoutée tous les jours dans des conditions précaires, déplore madame Diop.
Initiative confortant pour les syndicats et le patronat
Les travailleurs du secteur informel n’ont généralement pas accès à la protection sociale, aux prestations de retraite, ni aux services de santé formels, dénonce Seydina Abass Dramé, chargé du secteur informel à l’UNTM (union nationale des travailleurs du Mali). Toutefois, dit-il, en intégrant le secteur formel, les travailleurs bénéficient d’une protection sociale accrue, notamment des cotisations à la retraite et des assurances santé. Seydina Abass Dramé a, par ailleurs, salué la mise en place des initiatives locales au Mali pour faciliter la transition vers l’économie formelle.
Cet atelier vient à point nommé, se réjouit le représentant du Conseil national du Patronat. Il y a un lien très complexe, voire conflictuel, entre les entreprises formelle et l’économie informelle, les premières percevant les secondes comme une concurrence déloyale et une menace pour leur compétitivité. Il ajoute que le Conseil national du Patronat, qui plaide pour un environnement économique favorable à l’investissement et à la création d’emplois décents, soutient toutes les initiatives tendant à promouvoir la transition vers une économie formelle.
A noter que cet atelier s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la recommandation 204, adoptée en 2015 par l’OIT, et portant sur la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle. Votre engagement actif dans ce processus est essentiel pour assurer une transition juste, inclusive et équitable, dans l’intérêt des travailleurs et du développement national, a lancé la ministre en charge de l’emploi aux participants de l’atelier.
Yacouba Traoré






