Une patronne à l’œuvre
À notre arrivée, Fatoumata Coulibaly est déjà au travail. Entourée de son équipe, elle donne des instructions, sans hausser le ton. Le climat est convivial, l’ambiance bon enfant. Mais une consigne revient sans cesse, surtout à l’adresse de ses employés : être courtois avec les clients, et surtout être honnête.
Cette exigence résume la femme que l’on rencontre. Derrière « Fatou bijou La Solution », nom sous lequel plus d’un million d’abonnés la suivent sur TikTok, il y a une cheffe d’entreprise qui tient autant à la qualité de la relation qu’à celle de ses produits. Et une militante.
Le deuil qui change tout
Tout part d’un drame. Une cousine de Fatoumata Coulibaly meurt après avoir utilisé des produits dépigmentants. Elle a été opérée, les médecins n’ont pas pu la sauver. Pour Fatoumata, c’est un déclic : elle ne se taira plus sur le sujet.
Elle choisit alors une cause, qu’elle formule sans détour : « sensibiliser la jeunesse malienne à rester naturelle ». Elle y voit un danger bien réel. Selon elle, la dépigmentation peut conduire au cancer de la peau, à des difficultés pour avoir des enfants, au diabète. Les données publiques confirment des risques sérieux : crèmes contenant de l’hydroquinone, du mercure ou des corticoïdes, et une pratique appelée « tcha-tcho » au Mali, qui toucherait environ une femme sur quatre, selon des chiffres attribués à l’OMS et repris par la presse santé.
De la coordination au commerce en ligne
Rien de cela n’est le fruit du hasard. Diplômée en comptabilité et en droit, Fatoumata Coulibaly a longtemps occupé un poste de coordinatrice dans une entreprise internationale. Mais l’entrepreneuriat l’habite, dit-elle, « depuis toute petite ».
Quand la crise du COVID-19 bouleverse le monde du travail, elle franchit le pas : elle montre ses marchandises sur les réseaux sociaux. TikTok fait le reste. Les vidéos circulent, la communauté grossit, l’activité décolle. Elle quitte son poste de coordinatrice pour se consacrer entièrement à son entreprise.
« Quand tu mets une vidéo sur TikTok, c’est mondial en fait », résume-t-elle, convaincue d’avoir été connue bien au-delà du Mali.
Le naturel comme fil conducteur
Sa marque porte le même message que son combat. Elle vend des cosmétiques à base de beurre de karité, un produit local qu’elle défend : elle est là, explique-t-elle, pour valoriser son pays et ses produits. Elle propose aussi des encens et du thé détox thaïlandais, qu’elle présente comme une aide pour les femmes complexées après plusieurs accouchements.
Le karité plutôt que les crèmes éclaircissantes : la boucle est bouclée. Sa vitrine commerciale et sa militance racontent la même histoire, celle de la fierté d’être soi.
Un conseil pour les jeunes femmes
À celles qui veulent se lancer, elle livre sa recette : rester soi-même, se concentrer sur son projet, ne pas écouter les avis de droite et de gauche, être forte spirituellement et donner le meilleur d’elle-même.






